Douane et conformité

Qu'est-ce que le certificat A.TR ? Différence avec l'EUR.1

Réponse courte

L'A.TR est un certificat de statut utilisé sur la ligne de l'union douanière Turquie-UE : il prouve que la marchandise est en libre pratique, mais n'indique pas son origine. Sa présentation dispense des droits de douane et des taxes d'effet équivalent ; la TVA/les droits d'accise, un droit de douane additionnel fondé sur l'origine, l'antidumping et la part agricole peuvent néanmoins être dus. Pour les produits agricoles de base et sidérurgiques, l'EUR.1 est requis ; la part industrielle des produits agricoles transformés reste dans le champ.

Mise à jour: 24 août 202611 min de lecture

Qu’est-ce que le certificat de circulation A.TR

Le certificat de circulation A.TR est un document attestant qu’une marchandise se trouve en libre pratique dans l’espace de l’union douanière Turquie-UE. Ce qu’il ne prouve pas est aussi important que ce qu’il prouve : il n’indique pas où la marchandise a été fabriquée, c’est-à-dire son origine.

Sa présentation dispense des droits de douane et des taxes d’effet équivalent. Cela ne veut pas dire « aucune taxe n’est due » : l’importateur doit tout de même effectuer une déclaration de mise en libre pratique, la TVA et, le cas échéant, les droits d’accise sont perçus ; un droit de douane additionnel fondé sur l’origine, un droit antidumping et, pour les produits agricoles transformés, une taxe sur la part agricole peuvent également naître. L’A.TR n’est pas un régime douanier et ne remplace pas la déclaration de régime ; dans cette déclaration, il ne fait qu’exonérer des droits de douane.

Sa base juridique est la décision n° 1/95 du Conseil d’association CE-Turquie, complétée par la décision n° 1/2006 du comité de coopération douanière qui en fixe les modalités d’application ; les dispositions relatives à l’établissement, au visa, au délai de présentation, à la délivrance a posteriori, au duplicata et au contrôle a posteriori en découlent. La procédure interne est mise en œuvre dans le cadre des dispositions pertinentes du règlement douanier turc (Gümrük Yönetmeliği) et de la réglementation du ministère du Commerce (direction générale des douanes).

Le document fonctionne dans les deux sens. Un envoi en provenance de l’UE arrivant sans A.TR entraîne l’exigibilité de droits de douane en Turquie ; si le document doit être présenté ultérieurement, la taxe peut être garantie, et si elle a déjà été payée et que le document est présenté dans les délais, son remboursement peut être demandé. Dans les deux cas, cela signifie des démarches et du temps supplémentaires ; le contrat d’approvisionnement doit indiquer clairement l’obligation d’établir un A.TR.

Que signifie la libre pratique

Une marchandise acquiert le statut de libre pratique de deux façons :

  • Elle a été entièrement obtenue ou produite en Turquie ou dans un État membre de l’UE.
  • Elle est originaire d’un pays tiers, mais les droits de douane et taxes d’effet équivalent ont été acquittés lors de son importation en Turquie ou dans l’UE, et les formalités d’importation ont été achevées.

Le second cas est à l’origine de la plupart des malentendus concernant l’A.TR. Vous importez en Turquie une machine d’origine chinoise et en payez les droits. La marchandise est désormais en libre pratique. Si vous revendez cette même machine six mois plus tard à l’Allemagne, un A.TR peut être établi. L’origine de la machine reste la Chine ; l’A.TR indique seulement que « cette marchandise est en libre pratique dans l’espace de l’union douanière ».

La marchandise peut transiter par des pays tiers, à condition de rester sous surveillance douanière et de ne subir aucune opération autre que la manutention.

Le point le plus critique : l’A.TR n’est pas un certificat d’origine

Considérer l’A.TR comme un certificat d’origine est l’erreur la plus répandue et la plus coûteuse en la matière. Les conséquences sont concrètes :

L’antidumping regarde l’origine. Si l’UE applique un droit antidumping à un produit d’origine chinoise, l’obligation ne disparaît pas même si ce produit est mis en libre pratique en Turquie puis expédié avec un A.TR. L’A.TR annule le droit de douane, pas la mesure liée à l’origine.

La même logique s’applique à l’importation en Turquie. Le droit de douane additionnel et les mesures de politique commerciale fondées sur l’origine dépendent de l’origine. Le régime de surveillance à l’importation repose en principe sur un seuil de valeur unitaire CAF ; les mesures de sauvegarde s’appliquent en principe sans distinction d’origine. C’est pourquoi l’administration douanière peut exiger, pour une marchandise accompagnée d’un A.TR, un certificat d’origine supplémentaire.

L’acheteur peut exiger une preuve d’origine. En raison d’un marché public, d’une règle d’étiquetage ou de la demande de son propre client, l’acheteur peut exiger de « prouver l’origine turque ». L’A.TR n’y répond pas ; il faut un certificat d’origine, ou un EUR.1 pour l’origine préférentielle.

L’A.TR n’a aucune valeur dans les pays tiers. Si vous expédiez un produit d’origine turque vers un pays ayant conclu un accord de libre-échange avec la Turquie, le document requis est, selon l’accord, l’EUR.1, l’EUR-MED ou une déclaration d’origine/de facture ; si le cumul pan-euro-méditerranéen est utilisé, un EUR-MED peut être nécessaire. La preuve valable doit être confirmée dans le texte de l’accord.

Le Royaume-Uni est hors de ce dispositif. Ayant quitté l’union douanière de l’UE, le Royaume-Uni n’accepte pas l’A.TR pour les expéditions à destination de son territoire ; les échanges relèvent d’un accord de libre-échange distinct et un régime préférentiel exige la preuve d’origine prévue par cet accord. Une marchandise d’origine tierce en libre pratique en Turquie peut être expédiée vers l’UE avec un A.TR sans droits, mais pas vers le Royaume-Uni à titre préférentiel.

Ce que couvre l’union douanière, ce qu’elle ne couvre pas

Dans le champ Hors champ
Produits industriels Produits agricoles de base (non transformés)
Part industrielle des produits agricoles transformés Produits CECA (charbon-acier) — soumis à un accord de libre-échange distinct

Pour les produits agricoles transformés, la part industrielle relève des règles de l’union douanière et un A.TR est établi pour ces produits ; une taxe supplémentaire peut être perçue pour la part agricole. Les produits sidérurgiques sont encore appelés dans le secteur « produits CECA », bien que le traité CECA ait pris fin en 2002 ; la base actuelle est un accord de libre-échange distinct. Les produits agricoles de base relèvent également d’une réglementation distincte ; pour ces deux groupes, l’EUR.1 est utilisé pour le régime préférentiel.

La conséquence pratique est la suivante : la décision documentaire est prise après la détermination du GTİP. Si votre produit est hors champ, tout effort pour obtenir un A.TR est vain.

Comment établir l’A.TR, qui l’approuve

  • Le formulaire s’obtient auprès de la chambre de commerce. Le document est établi sur un formulaire imprimé délivré par les chambres de commerce ou d’industrie (oda). L’exemplaire original accompagne la marchandise jusqu’à l’acheteur et doit être présenté à la douane de destination ; les autres exemplaires restent chez l’exportateur et auprès des organismes qui l’ont approuvé. Le coût du formulaire et les frais d’approbation de la chambre sont fixés par le tarif de celle-ci ; le montant actuel doit être vérifié auprès de la chambre.
  • L’exportateur l’établit, la chambre l’approuve, la douane le vise. L’exportateur ou son représentant remplit le formulaire et répond de l’exactitude de la déclaration ; la chambre l’approuve, puis l’administration douanière le vise lors des formalités d’exportation.
  • Procédure simplifiée. Son nom dans la réglementation est « habilitation à établir et à viser le certificat de circulation A.TR dans le cadre de la procédure simplifiée ». Cette habilitation est subordonnée à des conditions préalables telles que le statut d’opérateur économique agréé (YYS, l’équivalent turc de l’AEO) ou le statut d’exportateur agréé ; le titulaire de l’habilitation établit alors le document avec son propre cachet, sans approbation de la chambre ni visa douanier. Cette dispense porte sur l’étape d’approbation et de visa, non sur l’obtention du formulaire, qui reste délivré par la chambre. Cette habilitation est distincte de celle d’« exportateur agréé » utilisée dans le cadre de l’EUR.1 et de la déclaration de facture. Les conditions sont fixées par le règlement douanier et peuvent évoluer.
  • Validité et dépassement de délai. Le document doit être présenté à la douane du pays de destination dans les quatre mois suivant sa date d’établissement. Si le retard résulte d’un cas de force majeure ou d’une circonstance exceptionnelle, ou si la marchandise a été présentée à la douane de destination avant l’expiration du délai, le document peut néanmoins être accepté ; il ne s’agit pas d’une faculté discrétionnaire mais d’une acceptation conditionnée.
  • Délivrance a posteriori. S’il n’a pas pu être établi lors du chargement, le document peut être délivré avec la mention « Sonradan verilmiştir / Issued retrospectively ».
  • Duplicata. En cas de perte, de vol ou de dommage, un document portant la mention « İKİNCİ NÜSHADIR / DUPLICATE » est obtenu. Le duplicata porte la date d’établissement du document original ; le délai de quatre mois ne recommence pas, il continue de courir depuis la date d’origine.
  • Contrôle a posteriori. La douane de destination peut demander une vérification en s’adressant à l’administration qui a établi le document ; la marchandise peut alors être placée sous garantie durant cette procédure.

Perfectionnement actif et taxe compensatoire

Si, dans le cadre du régime du perfectionnement actif (dahilde işleme rejimi), vous importez des intrants d’un pays tiers en exonération de droits, les transformez, puis exportez vers l’UE avec un A.TR, le droit de douane sur l’intrant ne disparaît pas pour autant : la marchandise étant importée en franchise dans l’UE, le droit afférent à l’intrant du pays tiers est acquitté au stade de l’exportation sous forme de taxe compensatoire (TEV) et calculé dans la déclaration en douane.

Deux erreurs sont fréquentes : établir le coût du produit sans la TEV, et croire que la TEV ne concerne que l’EUR.1. Si l’intrant provient d’un pays préférentiel et que les conditions de cumul sont réunies, le calcul change. Le champ d’application et les exceptions sont fixés par la réglementation ; la TEV doit être étudiée produit par produit avant l’expédition.

Différence entre l’A.TR et l’EUR.1

Sujet A.TR EUR.1
Ce qu’il prouve Statut de libre pratique Origine préférentielle
Indique-t-il l’origine Non Oui
Où il est valable Union douanière Turquie-UE Pays ayant un ALE avec la Turquie ; produits hors union douanière avec l’UE
Produits concernés Produits industriels et part industrielle des produits agricoles transformés Produits agricoles de base, sidérurgiques et produits couverts par un ALE
Condition de base La marchandise doit être en libre pratique Les règles d’origine doivent être satisfaites
Marchandise d’origine tierce Peut être établi si les droits ont été acquittés Ne peut être établi si l’origine reste un pays tiers ; possible si l’origine a été acquise par ouvraison suffisante ou par cumul
Avantage procuré Non-perception des droits de douane et taxes d’effet équivalent (la TVA/l’accise, le droit additionnel et l’antidumping restent dus le cas échéant) Réduction ou exonération tarifaire préférentielle
Risque de contrôle a posteriori Le statut de libre pratique est vérifié Si la règle d’origine n’est pas satisfaite, la taxe est réclamée rétroactivement

Erreurs fréquentes et points de vigilance

  • Considérer l’A.TR comme une preuve d’origine. Cette erreur se traduit par des risques d’antidumping, de droit de douane additionnel et de disqualification lors d’un appel d’offres. L’A.TR prouve la libre pratique, le certificat d’origine prouve l’origine.
  • Décider du document sans avoir vérifié le GTİP. D’abord le GTİP, ensuite la décision documentaire.
  • Établir un A.TR pour le Royaume-Uni. Sur cette destination, l’A.TR n’est pas valable ; la preuve d’origine prévue par l’accord applicable est requise.
  • Oublier la TEV sur un intrant en perfectionnement actif. Ce poste, absent du tableau de coûts, réapparaît dans la déclaration d’exportation.
  • Être pris au dépourvu par une demande de preuve d’origine de l’acheteur. Clarifiez par écrit, dès le stade du contrat et de la facture proforma, quels documents seront exigés ; rassembler un certificat d’origine après coup est difficile.
  • Expédition mixte. Si un même camion transporte à la fois des produits dans le champ et hors champ, deux documents distincts peuvent être nécessaires.
  • Manquer le délai de présentation de quatre mois. Le délai court pendant que le document patiente à la banque ou dans le circuit du courrier. S’il expire, le document n’est accepté qu’en cas de force majeure/circonstance exceptionnelle, ou si la marchandise a été présentée à la douane avant l’expiration.
  • Envoyer le document après la marchandise. Si la marchandise est arrivée mais pas l’A.TR, le dédouanement ne peut commencer ; le compteur de magasinage et de surestaries se met en marche.
  • Incohérence entre la facture, la liste de colisage et l’A.TR. La désignation de la marchandise, le nombre de colis et le poids doivent être identiques dans les trois documents ; une incohérence est un motif de contrôle.

Liste de contrôle en cinq points avant expédition :

  1. Le GTİP a-t-il été déterminé ? Le produit relève-t-il de l’union douanière ?
  2. La marchandise est-elle en libre pratique ; si son origine est un pays tiers, les droits d’importation ont-ils été acquittés ?
  3. L’acheteur ou la douane de destination exigera-t-il en plus une preuve d’origine ?
  4. Y a-t-il un intrant en perfectionnement actif ; la TEV a-t-elle été calculée ?
  5. La facture, la liste de colisage et l’A.TR sont-ils cohérents ; l’original parviendra-t-il à l’acheteur avant la marchandise ?

Cette page est fournie à titre informatif et ne constitue pas un avis juridique. La réglementation évolue ; vérifiez la situation en vigueur avant d'agir.

FAQ

  • Pourquoi la douane demande-t-elle en plus un certificat d'origine pour une marchandise accompagnée d'un A.TR ?

    Parce que l'A.TR atteste la libre pratique, pas l'origine. Le droit de douane additionnel et les mesures de politique commerciale fondées sur l'origine dépendent de l'origine de la marchandise ; l'administration peut exiger un certificat d'origine (menşe şahadetnamesi) ou une autre preuve d'origine pour déterminer le taux ou la mesure applicable. Clarifier cette exigence par écrit avec le vendeur avant l'expédition évite les blocages à l'arrivée.

  • Faut-il établir un A.TR ou un EUR.1 ?

    Si le GTİP (position tarifaire douanière turque, équivalente au code SH/HS) du produit relève de l'union douanière (produits industriels et part industrielle des produits agricoles transformés), l'A.TR est établi. Les produits agricoles de base et les produits sidérurgiques sont hors union douanière ; ils relèvent d'accords distincts et nécessitent un EUR.1 pour le régime préférentiel. Pour les pays tiers ayant un accord de libre-échange avec la Turquie, on utilise selon l'accord l'EUR.1, l'EUR-MED ou une déclaration d'origine/de facture.

  • Quelle est la durée de validité du certificat A.TR ?

    Il doit être présenté à l'administration douanière du pays de destination dans les quatre mois suivant sa date d'établissement. Passé ce délai, le document peut néanmoins être accepté dans deux cas : si le retard résulte d'un cas de force majeure ou d'une circonstance exceptionnelle, ou si la marchandise a été présentée à la douane de destination avant l'expiration du délai. Les délais et exceptions sont fixés par la réglementation et peuvent évoluer ; la situation actuelle doit être vérifiée.

  • Le certificat A.TR peut-il être établi a posteriori ?

    Oui. S'il n'a pas pu être établi au moment du chargement, le document peut être délivré avec la mention « Sonradan verilmiştir / Issued retrospectively » (délivré a posteriori). En cas de perte, de vol ou de dommage, un document portant la mention « İKİNCİ NÜSHADIR / DUPLICATE » (duplicata) est obtenu ; ce duplicata porte la date d'établissement du document original et le délai de quatre mois ne recommence pas à courir. Ces deux voies restent exceptionnelles et ne doivent pas être planifiées comme méthode habituelle.

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